Nous avons interviewé Cédric Vasseur, expert passionné d’IA (Intelligence Artificielle) et de robotique au CV bien rempli. Anciennement responsable de département informatique et sécurité, l’auteur de BeepAI (une intelligence artificielle apprenant à programmer utilisant un ordinateur virtuel) est actuellement conférencier et formateur pour la société de formation Orsys.

Pouvez-vous nous parler de la Réalité Augmentée ?

– Pour donner un exemple, imaginez que vous utilisez votre téléphone portable. On utilise des marqueurs 3D et lorsque votre téléphone passe sur le marqueur, un Pikachu apparaît. La réalité augmentée a commencé de manière plutôt ludique, mais elle est aussi utilisée aujourd’hui dans un environnement professionnel et industriel. Il est possible de l’utiliser sur un objet pour détecter un composant défectueux qui sera mis en surbrillance sur l’écran de l’appareil ou du casque. Même sans être un expert, un technicien lambda va pouvoir apprendre, avec des indications automatiques ou une personne le guidant à distance. Il y a des expérimentations aussi en médecine, et dans l’armée pour l’orientation.

Pour rebondir sur l’armée, qu’en est-il des risques de hacking ?

Cédric Vasseur :

– Les risques sont les mêmes que pour n’importe quel appareil électronique. Ils ont

déjà des ordinateurs de bord, chaque composant est passé à la loupe par leurs propres experts.

Comment envisagez-vous l’avenir de la société avec la réalité augmentée ?

– Bientôt, cela sera implémenté directement dans des casques ou des lunettes.

L’avantage c’est que cela permet d’obtenir certaines informations plus rapidement. Par exemple, une nouvelle version de Google Maps n’utilise plus de carte, mais affiche la rue à l’écran. Cela permet de gagner en temps, en efficacité et en expertise. – Il y a aussi un versant négatif : des risques de piratage, un flux d’information continu et un système de surveillance qui peut être mal perçu. Les employés utilisant cette sorte de dispositifs sont suivis à la trace, aussi bien ce qu’ils voient que ce qu’ils entendent. – Beaucoup de gens ont peur de confondre le réel et le virtuel, d’halluciner en quelques sorte, mais le cerveau arrive à s’adapter à de nouvelles informations. J’espère que l’on arrivera à se déconnecter, faire une pause et préserver sa vie privée. Il y a également des personnes qui ont peur de se faire aspirer leur expertise, leur savoir-faire. Mais il ne faut pas confondre connaissance et intelligence. Il y a déjà énormément d’informations sur Internet, ce n’est pas seulement parce que l’on a l’information que l’on sait faire. – À l’inverse, pour ne pas tenir un propos trop anxiogène, il y a des personnes en situation de handicap pour qui cette technologie fait des miracles. Par exemple, les personnes sourdes et malentendantes peuvent, grâce au casque, avoir accès à des sous-titres en temps réels.

Qui encadre ces dispositifs ?

– Il y a des lois qui encadrent l’utilisation des caméras en entreprise, et plus largement le droit à l’image. Les appareils médicaux sont encadrés par un service spécialisé : l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé).

Y a-t-il des risques au niveau des données personnelles ?

– En effet, lorsque vous avez un casque, vous filmez tout ce qui vous entoure, sans en avoir forcément l’autorisation. L’anonymisation est très compliquée à faire, même avec des intelligences artificielles.

Peut-on parler d’une révolution ?

– La réalité augmentée n’est pas si récente que ça. Il s’agit plus d’une évolution.

Gartner, un groupe de prévisions sur les nouvelles technologies, pense qu’elle est déjà en phase descendante. Les applications industrielles vont se l’approprier et cela passera inaperçu.

Pensez-vous que cela va se démocratiser dans le domaine de la formation ?

– Il existe des formations par webcam, mais on se rend compte que c’est plus efficace lorsque l’on est face à une personne, c’est psychologique. Le rapport n’est pas le même et il est plus simple de décrocher. On a besoin d’humanité.

Merci infiniment à M. Cédric Vasseur pour avoir partagé avec nous son savoir sur la réalité augmentée.

Interview de Cédric Vasseur