Sandrine Bertrand, spécialiste en référencement, nous parle de Google qu’elle côtoie depuis 2001.

Dans cet article, nous allons parler plus précisément du référencement naturel ou SEO (Search Engine Optimization) qui désigne l’ensemble des techniques consistant à positionner favorablement un site ou un ensemble de pages sur les premiers résultats naturels ou organiques des moteurs de recherche correspondant aux requêtes visées des Internautes. (1)

Vous êtes actuellement responsable SEO. Quel a été votre parcours auparavant ?

J’ai arrêté mes études 1 mois avant le BAC. J’ai ensuite passé 10 ans à travailler dans les métiers de la restauration avant d’entamer une reconversion professionnelle pour devenir assistante polyvalente administrative et comptable. J’ai choisi de travailler dans une agence web car j’étais très intéressée par l’univers du web et notamment par le développement. Un jour, on a posé le dossier référencement sur un coin de mon bureau et c’est comme ça que je suis tombée dedans.

J’ai donc commencé à travailler dans le référencement en 2001, d’abord chez l’annonceur, puis en agence web et en agence de référencement avant de me mettre à mon compte. Aujourd’hui, je suis « Head of SEO » chez Planet Cards où je suis en charge du référencement naturel des sites internet du Groupe (France, Allemagne, Espagne, Norvège, UK, Italie …).

Je suis 100% autodidacte, à l’époque il n’existait aucune formation, il fallait tout tester par soi-même. Aujourd’hui, je suis considérée comme une « dinosaure » du métier !

Pouvez-vous nous détailler vos fonctions ?

Je suis responsable du trafic naturel sur les sites du Groupe Planet Cards. Selon les sites, cela représente entre 40 et 60% du chiffre d’affaires généré sur le site internet. Je dois vérifier la bonne santé des sites, ajouter ou modifier des contenus, des liens en externe…

En ce moment, on est en pleine migration sur la plateforme de commerce électronique Magento. Je dois donc gérer cela en plus : faire le plan de redirection, vérifier le maintien des pages, rédiger le cahier des charges intégrant les préconisations SEO.

En quoi Google intervient dans votre métier de référenceur ?

Google, c’est 98% du trafic organique donc il n’intervient pas, il est omniprésent. C’est lui qui dirige, c’est lui le patron.

Si Google tousse, tous les sites bougent donc s’il décide de changer une façon de gérer quelque chose, on est obligé de suivre surtout lorsqu’il y a du chiffre d’affaires et des emplois en face.

Comment décririez-vous votre « relation » au quotidien avec Google ?

C’est un peu du « je t’aime, moi non plus ». S’il prend en compte les modifications que j’ai effectuées, je suis contente, lorsqu’il fait l’inverse de ce que j’espérais, je ne suis pas contente.

Mais ce qui est passionnant avec Google, c’est que les règles du jeu évoluent sans cesse, ce n’est pas statique. Ce qu’on faisait hier, on ne le fera peut-être pas demain. Par exemple, il y a 2 ans on ne parlait pas du vocal alors que maintenant c’est l’avenir.

Je vis Google toute la journée, surtout que dans l’entreprise on est full Google. On travaille avec G Suite, on a 80% de nos documents qui passent par les documents Google, on utilise Google Analytics… Je suis toujours dans Google !

En 2018, est-ce que référencement rime exclusivement avec Google ?

Malheureusement oui. Ce serait beaucoup plus intéressant s’il y avait d’autres acteurs suffisamment puissants pour que l’on prenne le temps de travailler sur eux. Mais aujourd’hui, on ne travaille pas sur les autres moteurs, on les regarde, on vérifie nos positions dessus mais c’est tout.

Je m’intéresse un peu à Qwant car il commence à monter mais il représente moins de 4% du trafic naturel sur nos sites. Du coup, je le surveille mais je ne veux pas prendre le risque de modifier une page pour gagner en visibilité sur Qwant de peur d’en perdre sur Google.

Après cela dépend des pays, c’est différent en Chine et en Russie par exemple où Google n’est pas leader. En Europe, il est trop fort et cela en devient même dangereux. Une entreprise qui travaille exclusivement avec Google pour son référencement naturel peut perdre 90% de son chiffre d’affaires s’il y a un problème. On est loin des règles et des lois du commerce. Cela représente un vrai danger pour les entreprises.

Les algorithmes mis en place par Google évoluent presque tous les jours. Qu’est-ce que cela implique pour vous et comment arrivez-vous à y faire face ?

Les trois quarts des modifications des algorithmes Google ne me concernent pas. Il peut y avoir des petits changements qui ne vont concerner qu’un pays en particulier ou un type de pages (ex : les pages médicales). Il y a donc des changements que je ne vois même pas car je ne suis pas dans le bon pays ou dans le bon secteur.

Mais c’est assez compliqué car souvent, on ne sait pas exactement ce qui a changé ni à quel moment. Il faut suivre les positions quotidiennement, les taux de clic, détecter les anomalies, faire de la veille… et si quelque chose bouge, voir si on peut agir ou pas.

Parfois, je ne peux pas agir. Par exemple, lors du changement d’algorithme pour le passage en Mobile First, on a pu s’y préparer, voir avec les développeurs pour améliorer techniquement nos pages, mais ce ne sont pas les techniques de référencement que j’applique qui ont pu interagir dessus et changer quelque chose.

Et puis parfois, les positions bougent mais ce n’est pas lié à un changement d’algorithme, c’est un dommage collatéral. C’est seulement que le concurrent est meilleur ou plus mauvais et c’est ce qui a fait changer le classement. On n’est pas in-vitro, on est in-vivo. Tout bouge tout le temps.

Google est utilisé par 98% des français. Votre travail de référenceur s’appuie donc essentiellement sur ce moteur de recherche. Selon vous, comment a-t-il réussi à devenir incontournable ?

Au tout début, Google a été plus malin que les autres. Alors que les internautes se connectaient avec un modem en 56 k et que les autres moteurs de recherche proposaient des portails d’actualités qui mettaient longtemps à charger, Google est arrivé avec une interface ultra simple. Juste un logo, un champ de formulaire et deux boutons. Il était donc plus rapide que tous ses concurrents.

Il a aussi rangé les sites différemment en incluant dans son algorithme une notion de « popularité ». Plus un site avait de liens, plus Google le considérait comme bon. Les sites qui ressortaient étaient donc de meilleure qualité et répondaient mieux aux questions posées.

Les internautes se sont donc mis à utiliser Google à la place de MSN, Voila, Altavista, Lycos,… car ils obtenaient plus rapidement un résultat plus pertinent.

Quelles évolutions vous réserve Google pour les prochaines années ?

La prise en compte du vocal, la montée en puissance des assistants vocaux. Les règles du jeu vont changer. Par exemple, Alexa est plutôt pas mal en termes d’assistant et surtout il est très lié à Amazon, donc à l’achat. Il va donc falloir le prendre en compte et le gérer. Il va falloir repenser les choses différemment.

Google évolue en moteur de réponse et l’internaute évolue aussi sur sa manière de rechercher. Il y a un gros challenge en perspective pour s’adapter à toutes ces évolutions.

Source :

1 : https://www.definitions-marketing.com/definition/referencement-naturel/

Interview de Sandrine Bertrand