En jeux, l’un des plus importants rapprochements depuis des années dans le secteur de la distribution en France.

 

La fusion de Fnac et Darty : Contexte et étapes-clés

Présentation de l’affaire

Darty, le géant spécialisé dans la vente d’électroménager, de matériels informatiques et audiovisuels a reçu, le 28 septembre 2015, une offre de rachat de la plus grande librairie de France, la Fnac. Cette fusion donnerait naissance à un leader de la distribution de produits techniques, culturels et d’électroménagers en France. Il s’agira de conserver les deux entités. La Fnac a dans un premier temps proposé 533 millions de livres (soit 720 millions d’euros) au groupe Darty, cette somme uniquement sous forme de titres et donc sans versement de liquidités.

La Fnac propose donc d’échanger une de ses actions contre 39 actions Darty. Mais les actionnaires de Darty n’apprécient pas cette offre sous forme de titre, d’autant plus car il s’agit, d’actions cotées seulement à Paris (Darty étant coté au Londres). Cela implique de faire confiance à la fois à la Fnac, dont le titre est jugé surévalué, et à l’euro. Le conseil d’administration de Darty a demandé, ce lundi 26 octobre, un nouveau délai afin de pouvoir examiner la possibilité d’une offre améliorée de la part du groupe d’Alexandre Bompard (président de la Fnac). La décision, initialement attendue pour le 28 octobre, a été reporté au 11 novembre.

Le rapprochement des deux enseignes leur permettra de dépasser l’audience de Cdiscount et de frôler le milliard d’euros de ventes multicanales.

 

Focus sur les étapes clés du projet de fusion

– 28 septembre : Proposition de projet par la Fnac, offre de rachat du groupe Darty

– 30 septembre : Officialisation du projet de fusion des deux groupes

– 26 octobre : Demande de délais de réflexion supplémentaire de Darty

– 28 octobre : Rendu de la décision par Darty (initialement)

– 11 novembre : Rendu de la décision définitive de Darty

 

Les enjeux d’une telle fusion

Les enjeux économiques globaux de la fusion

Ce rapprochement va permettre à ces deux acteurs d’obtenir un chiffre d’affaires combiné de 7 milliards d’euros et va compter, rien que sur le territoire français, 333 magasins. Près de la moitié des gains sera réalisée grâce à des économies d’échelle colossales auprès de leurs fournisseurs, du fait de l’augmentation significative de leur quantité de commande. Quant à l’autre moitié, elle sera le résultat de l’optimisation de la logistique et du transport, de l’intégration de certaines fonctions dans les sièges sociaux et des achats de prestations de services.

Les impacts sur le paysage du e-commerce Français

Concernant le chiffre d’affaire, sur son exercice 2014-2015, les ventes en ligne de Darty représentent 17% de son activité (environ de 600 millions d’euros, en croissance de 22% sur un an). Le multicanal pèse lui-même de plus en plus lourd dans l’activité e-commerce du groupe, puisque le Click & Collect (réserver ou commander des produits en ligne avant de les retirer directement en boutique) a compté pour 20% des ventes en ligne de Darty, avec une pointe à 30% avant Noël. Le web-in-store progresse également: 14% des ventes sur point de vente sont réalisées grâce au millier de tablettes déployées auprès des vendeurs.

La Fnac, quant à elle, aurait un chiffre d’affaires, concernant le e-commerce, inférieur à 400 millions d’euros. L’enseigne voit elle-aussi l’omnicanal progresser (tous les canaux de contact et de vente possibles entre l’entreprise et ses clients sont utilisés et mobilisés). Les commandes en ligne retirées en point de vente additionnées aux commandes magasins sur le site comptaient pour 35% du chiffre d’affaires de Fnac.com en 2014. Il faut dire que le distributeur multiplie les incitations multicanales, à commencer par le retrait 1h en magasin gratuit.

Même si les exercices des deux groupes ne coïncident pas, la une fusion leur permettra tout de même d’atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires et d’entrer cette année dans le petit club des milliardaires de l’e-commerce français.

Côté audience, Fnac.com engrangeait 8 millions de visiteurs uniques en juin 2015 en France, contre 5 millions pour Darty, selon Médiamétrie. Leur audience commune pourra s’élever jusqu’à 10,7 millions de VU, soit une couverture de 22,7% de la population internaute. De quoi tout juste dépasser Cdiscount et ses 10 millions de VU pour se placer derrière Amazon, à 16,3 millions de VU.

Il est aussi important de se pencher sur la concurrence, car le projet de fusion soulève des questions.

En France, où se concentre l’essentiel des forces des 2 groupes, la création du nouvel ensemble fera de celui-ci le leader du marché des produits techniques, culturels et d’électroménagers. Si des cessions sont imposées pour éviter que le duo Fnac-Darty se retrouve en position trop dominante, elles devraient rester limitées car ils ne proposent pas tout à fait les mêmes produits et services.

Les syndicats craignent, quant à eux, que le rapprochement ne soit pas sans impact sur les salariés des deux groupes. Les mutualisations sur les centrales d’achat, la logistique, le siège ou le SAV ne se feront pas malheureusement sans licenciement.

En adéquation avec la volonté de la Fnac de conserver 2 entités distinctes, chacune des 2 marques conserverait donc son site de e-commerce respectif.

 

La décision finale : La fusion se concrétise !

Après six semaines de réflexion, ce 11 novembre 2015, la Fnac et Darty ont trouvé un accord sur les modalités de leur association. La Fnac, qui a consenti à améliorer sa proposition initiale de rachat, par un apport de liquidités.

La Fnac propose désormais d’offrir une action Fnac pour 37 actions Darty (contre 39 au départ), mettant également sur la table la possibilité pour les actionnaires de Darty de demander tout ou partie du paiement en espèces, pour une hauteur d’un montant maximum de 95 millions d’euros.

Aujourd’hui, on se demande donc comment les 2 marques vont-elles mettent en œuvre leur fusion ?

 

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La fusion éventuelle des géants du e-commerce : Fnac vs Darty