Le marché de l’emploi dans le digital progresse mais la mixité peine à s’installer. Pour exemple, 12 % des chercheurs en Intelligence Artificielle dans le monde sont des femmes (14,8 % en France).

On assiste même à un déclin des vocations féminines en France.

Alors, comment comprendre qu’il y a 70 ans les premiers programmes étaient créés par des femmes et qu’aujourd’hui, malgré les efforts de parité et les promesses d’embauches d’un secteur dynamique, elles restent minoritaires ?

code python

Tendance et évolution : Qui sont les femmes du digital ?

Quelle proportion de femmes dans le digital ?

Les femmes ne représentent que 10% de l’effectif dans les filières spécialisées, alors qu’au lycée la parité est quasi parfaite. Ce déséquilibre continue dans le milieu du travail : les femmes ne représentent que 33% des salariés du secteur du numérique selon Syntec Numérique (l’un des syndicats professionnels français de l’industrie du numérique).

chiffres syntec numérique

Quels sont leS métierS ?

Derrière les 33% de femmes parmi les salariés dans le numérique, on observe des différences significatives par métier :

– 75 % de ces femmes travaillent dans les fonctions dites « de support » : RH, administration, marketing ou communication ;
– 16 % sont techniciennes d’études et du développement en informatique ;
– 14 % occupent des fonctions de techniciennes en installation, maintenance, support et services aux utilisateurs en informatique.

Une tendance à la chute de la mixité

Depuis 30 ans le nombre de femmes ingénieures en informatique s’est effondré passant d’1/3 des effectifs à 15 %.

Concernant le nombre de diplômées du numérique, selon les chiffres de l’étude « Gender Scan », la France est le mauvais élève : entre 2013 et 2017, quand l’Europe a gagné 2% de plus de femmes diplômées, la France a observé une baisse de 6%.

A l’origine, les pionniers du digital étaient des pionnières

Au sein des formations techniques, de 1972 à 1985, la filière informatique était la 2ème filière qui comptait le plus de femmes ingénieures.

Elles sont nombreuses à avoir permis de construire le numérique tel qu’on le connaît aujourd’hui. Il y a entre autres :

– Ada Lovelace, mathématicienne née en 1815 qui a définit le premier algorithme de la machine analytique à cartes perforées ;

– Les petites mains qui, dans les années 50, travaillaient sur de la programmation et étaient perçues comme des dactylographes. Plus tard, lorsqu’on s’aperçoit du potentiel de l’informatique, les hommes les ont progressivement remplacées ;

– Margaret Hamilton, première ingénieure logiciel, elle a mis au point le logiciel informatique de la NASA qui a permis à Neil Armstrong de marcher sur la lune.

Margaret Hamilton, dans le module de commande Apollo
Margaret Hamilton, dans le module de commande Apollo

Déséquilibre de la proportion des femmes dans le digital : tentative d’explication

Une disparité commune aux autres secteurs

Aujourd’hui, dans le monde du travail, les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes postes.

Rappelons que ce n’est que depuis 1965 que la loi autorise les femmes à exercer une profession sans l’autorisation de leur mari et que ce n’est qu’en 1972 qu’a été instauré le principe : « à travail égal, salaire égal ».

De nos jours, les femmes représentent près de la moitié des actifs sur le marché du travail mais l’égalité des sexes n’est pas total. Elles occupent principalement des postes de salariés avec peu de responsabilités et le taux d’activité en temps partiel est 4 fois plus fréquent : 30,4% chez les femmes contre 7,9% chez les hommes.

Une problématique de représentation des genres

Cette sous-représentation des femmes pourrait être d’abord le résultat de la persistance de biais intériorisés : Les hommes, logiques, sont attirés par la technique / Les femmes, parce qu’elles peuvent être mère, sont plus proche de la nature. 

Ces biais de représentation s’expriment et sont intégrés par tous les sexes. Ce faisant, les femmes se conforment aux normes de la société.

Et pour celles qui ont continué dans des filières scientifiques, souvent confrontées au sexisme, il leur est nécessaire de se conformer aux codes masculins sur lesquels se sont construits certaines entreprises du digital.

Une opportunité d’élévation sociale 

Le moment de bascule se situe à la prise de conscience que l’informatique représente un eldorado, des opportunités, une carrière. Selon Isabelle Collet, informaticienne et enseignante-chercheuse, les hommes, qui s’occupaient du matériel, ont repris la technologie aux petites mains en charge des logiciels. Elle ajoute “comme l’Histoire l’a très bien démontré, à chaque fois qu’un champ de savoir prend de l’importance dans le monde social, il se masculinise”.

Isabelle Collet, informaticienne, enseignante-chercheuse à l'université de Genève

Des stéréotypes qui ont la vie dure

L’image masculine du secteur du numérique a la vie dure. A l’arrivée de l’ordinateur personnel les publicités ont directement visé les hommes. L’informatique devient une activité de garçons, jeunes, peu sociables, peu sportifs, enfermés derrière les écrans.

Le stéréotype du geek naît. 

Parallèlement, le micro-ordinateur remplace les gros systèmes en entreprise. Ces représentations d’un milieu masculin et geek ont perduré et les femmes sont devenues de plus en plus rares dans les études puis dans les métiers.

 

A l’heure de l’intelligence artificielle, il est essentiel de tendre vers la mixité pour ne pas construire des systèmes plus discriminants encore. En effet, un algorithme est le reflet de celui qui le code avec ses biais et ses représentations.

Et ça tombe bien, car selon l’étude GenderScan, les Françaises aiment travailler dans le digital. Elles se satisfont de l’organisation du travail à 90% contre 76% à l’international, et de leur équilibre vie privée / vie professionnelle est 86 % contre 65% ailleurs.

La représentation des femmes dans le digital